La France et l'Allemagne face à l'Europe

La France et l'Allemagne face à l'Europe

La France et l'Allemagne face à l'Europe

Université de Nice, 21, 11.2014

 

S'il est vrai que l'Europe en péril a besoin d'être sauvée,  c'est vrai aussi que  nous deux, l'Allemagne et la France, ont besoin de sauver l'Europe. Nous avons commencé d'attirer notre attention sur ce que nous sépare en Europe au lieu de sur ce que nous unie. Il en faut remédier ça. Où sont les visions pour l'avenir de l'Europe (pour relancer l'idée européenne) ?

 

1. L'Union devenue plus grande, plus importante et plus hétérogène a besoin d'une direction plus cohérente, décidée et ambitionnée. L'Allemagne y est centrale. La France y est indispensable. L'Allemagne ayant le poids économique et politique nécessaire pour cette direction se sent en même temps accablée par ce fardeau à cause de son histoire.

La France étant pas la France sans se retrouver au premier rang (au moins en Europe) ne peut pas faire autrement que d'accepter cette position et ce rôle de direction à cause de son histoire. Avec la France et l'Allemagne côte à côte, l'Europe est européenne. Sans la France l'Europe sera allemande.

 

2. L'Union souffre d'un déclin de légitimité.  La légitimité ne sera regagnée que par des projets concrets, des actions politiques contre la crise. Réussir ensemble de résoudre la crise attribuerait à une Europe unie beaucoup plus de légitimité que des débats néfastes sur des structures institutionnelles. Elle ne souffre pas d'un manque de compétences ou d'institutions nouvelles, mais d'un manque de volonté politique courageuse chez les pays membres.

 

3. La démocratie est en danger - pas tellement par le transfert des compétences aux institutions à Bruxelles mais par l'usurpation de la politique par les marchés. Nous ne défendrons pas la démocratie en Europe et nous ne rétablissions pas la priorité de la politique sur le marché  en nous repliant uniquement sur nos démocraties nationales respectives, mais en introduisant et en pratiquant une démocratie moderne et supranationale à l'Union européenne: Une forme de démocratie qui ne peut pas et ne doit pas faire copie des démocraties nationales où se mettre  à la place des démocraties nationales  -  mais qu'y serve comme ajout. Il nous faut établir la première démocratie trans-étatique au monde.

 

4. L'environnement : Nul besoin de longues discussions pour savoir que nous respectons  ni la nature de la planète ni le temps de l'homme. Tout besoin de comprendre que le cadre national est trop étroit pour mettre efficacement en balance les exigences écologiques, et économiques. Une politique  d'environnement pour l'ensemble de l'Europe est à concevoir en vue d'être efficace et de peser dans le monde

 

5. L'énergie : Créer une Communauté de l'Énergie, malgré des politiques énergétiques diamétralement opposées. Il n'est pas nécessaire ni de s'accorder sur le plan nucléaire ou non-nucléaire pour rapprocher les positions dans la matière de transport, de stockage, de sécurité, ni de négocier ensemble sur le plan international des grands fournisseurs d'énergie mondiaux. Il suffit d'établir, selon les règles du Marché Intérieur Commun, un système d'approvisionnement, de transport et de stockage mutuel.

 

6. La globalisation rapproche nos intérêts nationaux au lieu de les éloigner l'un de l'autre.

Les nouvelles technologies électroniques, les marchés financiers mondiaux sapent  nos souverainetés nationales  beaucoup  plus que leur transfert à Bruxelles.

Ceux qui opposent l'intérêt national à  l'intérêt européen ont tort.

Les souverainetés nationales perdues ne peuvent être retrouvées qu'au niveau de l'Union sur la base d'une coopération étroite

 

7. Pour la première fois dans l'histoire une révolution technologique a lieu sans Europe. Face au Big Data des services secret américains et des entreprises américaines l'Allemagne et la France comme L'Union européenne tout  entière se comportent comme des pays sous-développés. L'Europe tout entière doit retrouver ce qu'a été son atout au passé :

Son génie inventif, ses capacités ingénieures, son dynamisme économique. Continuons nos succès communes comme l'Ariane, l'Airbus, le Galileo.

 

8. L'Europe doit se mettre en mesure de maîtriser son propre avenir économique, politique et culturel dans le monde. Les Français visent une Europe puissance, vue  leurs ambitions  historiques et leurs  expériences mondiales. Les Allemands visent une Europe influence, vue leurs réflexes anti-interventionnistes militaires - résultat des deux guerres militairement et moralement perdues. Pour l'Union  il faut un peu les deux - l'ambition et la réticence. De toute façon on n'aura ni l'un ni l'autre que d'abord les Européens soient d'accord entre eux

Devant les menaces mondiales de pauvreté, famine, migrations, climat, terrorisme le monde se moquera de nos valeurs européennes si elles ne mènent pas aux actions.

 

9. La Crise européenne et le monde en plein mouvement nous forcent de rejeter les jeux stériles où s'égarent les états et se disqualifie l'Union. Au milieu du dernier siècle le défi central fut la résurrection politique, économique et morale de l'Europe. Au début du vingt-et-unième siècle le défi central sera de combattre le déclin moral, politique et économique de l'Europe dans le monde. Seul  la France et l'Allemagne ensemble auront le poids, le pouvoir et le prestige d'inciter l'Europe d'y résister - pourvu qu'elles le veuillent.